Le fardeau mondial de la maladie artérielle périphérique (MAP) : épidémiologie et statistiques
Je. Introduction à la maladie artérielle périphérique (MAP)
La maladie artérielle périphérique (MAP) est une maladie circulatoire répandue et progressive caractérisée par le rétrécissement des artères en dehors du cœur et du cerveau, affectant le plus souvent les artères irriguant les membres en sang. Cette réduction du flux sanguin, principalement vers les jambes, peut entraîner toute une série de symptômes allant de la claudication (douleur pendant l'exercice) à l'ischémie critique des membres, pouvant entraîner une amputation et altérer considérablement la qualité de vie. Au-delà de ses effets localisés, l’AOMI est un indicateur puissant de l’athérosclérose systémique et est associée à un risque accru de morbidité et de mortalité cardiovasculaires, notamment de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral. Comprendre le fardeau mondial de la MAP, ses tendances épidémiologiques et les facteurs de risque associés est crucial pour développer des stratégies de santé publique et des interventions cliniques efficaces.
II. Épidémiologie mondiale de la MAP
A. Prévalence et incidence
La prévalence et l'incidence mondiales de la MAP ont connu une augmentation significative au cours des dernières décennies, posant un défi considérable aux systèmes de santé mondiaux. Selon la base de données Global Burden of Disease (GBD) 2019, le nombre de personnes âgées de 40 ans et plus vivant avec une MAP a atteint environ 113 millions en 2019 (intervalle d’incertitude [UI] à 95 % 99,2-128,4), avec une prévalence mondiale de 1,52 % (UI 95 % 1,33-1,72) [1]. Cela représente une augmentation considérable par rapport à 1990, indiquant un problème de santé publique croissant [1].
Les projections concernant le fardeau futur du PAD sont encore plus frappantes. Une étude basée sur la population prévoyant le fardeau mondial de la MAP de 2021 à 2050 estime une augmentation spectaculaire du nombre de cas. Le nombre de cas d’AOMI dans le monde devrait augmenter de 220 % d’ici 2050, atteignant environ 360 millions de personnes dans le monde (intervalle d’incertitude de 95 %, 270 à 450) [2]. Cette augmentation attendue souligne le besoin urgent de mesures préventives et de stratégies de gestion améliorées.
B. Taux de mortalité et années de vie ajustées sur l'incapacité (DALY)
L'impact de l'MAP s'étend au-delà de la prévalence et touche une mortalité et un handicap importants. Bien que certaines études suggèrent une tendance à la baisse de l'incidence, de la mortalité et des DALY de l'AOMI au cours des dernières décennies, en particulier dans certaines régions [3], le fardeau global reste important. En 2019, l'APD a contribué à environ 74,1 mille décès dans le monde [4].
Les années de vie ajustées sur l'incapacité (DALY), une mesure qui combine les années de vie perdues en raison d'une mortalité prématurée et les années vécues avec un handicap, mettent en évidence l'impact profond de l'APD sur la santé mondiale. Le total des DALY attribuables à des facteurs de risque modifiables en 2019 représentait 69,4 % (64,2 à 74,3) du total des DALY liées aux maladies artérielles périphériques [1]. La mortalité standardisée selon l'âge devrait doubler d'ici 2050, tandis que les DALY devraient passer de 19,7 à 33,1 pour 100 000 [2]. Ces chiffres soulignent la nature chronique et débilitante de la MAP et sa contribution significative au fardeau mondial de la maladie.
III. Principaux facteurs de risque de PAD
La maladie artérielle périphérique est une maladie multifactorielle, dont le développement et la progression sont fortement liés à une combinaison de facteurs de risque modifiables et non modifiables. Comprendre ces facteurs est primordial pour des stratégies de prévention et de gestion efficaces.
A. Facteurs de risque modifiables
Les facteurs de risque modifiables sont ceux qui peuvent être modifiés par des changements de mode de vie ou des interventions médicales, offrant ainsi des opportunités significatives pour réduire le fardeau de l'MAP.
1. Fumer
Le tabagisme est sans équivoque le facteur de risque modifiable le plus puissant et le plus répandu d'MAP. La consommation de tabac, y compris le tabagisme actif et l'exposition à la fumée secondaire, accélère considérablement le processus athéroscléreux, entraînant des lésions artérielles et un rétrécissement. Les fumeurs ont un risque deux à quatre fois plus élevé de développer une MAP que les non-fumeurs, et continuer à fumer après un diagnostic de MAP est associé à de pires résultats, notamment des taux accrus d'amputation et de mortalité [5].
2. Diabète sucré
Le diabète sucré est un autre facteur de risque majeur, contribuant à la fois au développement et à la gravité de l'MAP. Une glycémie élevée peut endommager les vaisseaux sanguins, entraînant des complications microvasculaires et macrovasculaires. Les patients diabétiques développent souvent une MAP à un âge plus jeune, connaissent une progression plus rapide et ont une incidence plus élevée d'ischémie critique des membres [6]. La présence du diabète complique également la gestion de la MAP et augmente le risque d'événements cardiovasculaires indésirables.
3. Hypertension
L'hypertension, ou pression artérielle élevée, exerce un stress chronique sur les parois artérielles, favorisant le dysfonctionnement endothélial et la formation de plaques d'athérosclérose. Il s'agit d'un facteur de risque indépendant bien établi d'MAP, et un contrôle efficace de la pression artérielle est crucial pour atténuer son impact sur la santé artérielle [7].
4. Dyslipidémie
La dyslipidémie, caractérisée par des taux anormaux de lipides dans le sang (par exemple, un taux de cholestérol LDL élevé, un taux de cholestérol HDL faible, un taux élevé de triglycérides), joue un rôle central dans la pathogenèse de l'athérosclérose. Des taux de cholestérol élevés contribuent à la formation de plaques et au rétrécissement artériel, augmentant ainsi le risque d'MAP [8]. Les thérapies hypolipidémiantes sont la pierre angulaire de la prévention et de la prise en charge de la MAP.
5. Obésité et mode de vie sédentaire
L'obésité et un mode de vie sédentaire sont étroitement liés à plusieurs autres facteurs de risque cardiovasculaire, notamment le diabète, l'hypertension et la dyslipidémie. Ces facteurs contribuent collectivement à l’inflammation systémique et au dysfonctionnement endothélial, augmentant ainsi le risque de MAP. La promotion de l'activité physique et d'une gestion saine du poids est essentielle pour réduire l'incidence de la MAP et améliorer les résultats pour les patients [9].
B. Facteurs de risque non modifiables
Les facteurs de risque non modifiables sont inhérents et ne peuvent pas être modifiés, mais ils aident à identifier les personnes présentant un risque plus élevé de MAP.
1. Âge
L'âge est le facteur de risque non modifiable le plus important d'MAP. La prévalence de l’AOMI augmente significativement avec l’âge, avec une augmentation particulièrement forte après 60 ans. Cela est principalement dû aux effets cumulatifs d'autres facteurs de risque et au processus naturel de vieillissement sur la santé artérielle [1].
2. Sexe
Alors que l'MAP était historiquement considérée comme plus répandue chez les hommes, des données épidémiologiques récentes suggèrent que la prévalence mondiale de l'MAP est généralement plus élevée chez les femmes que chez les hommes, en particulier dans les groupes d'âge plus âgés [1]. Cependant, les hommes présentent souvent des symptômes plus graves et des taux d'amputation plus élevés.
3. Génétique
La prédisposition génétique joue également un rôle dans le développement de la MAP. Des antécédents familiaux de MAP ou d'autres maladies athéroscléreuses augmentent le risque d'un individu, suggérant une composante génétique dans la susceptibilité à cette maladie [10].
IV. Variations géographiques et socio-démographiques
Le fardeau mondial de la PAD n'est pas uniformément réparti ; des variations significatives existent entre différentes régions géographiques et groupes sociodémographiques, influencées par une interaction complexe de facteurs génétiques, environnementaux et socio-économiques.
A. Différences régionales en matière de prévalence et de charge
La prévalence de l'AOMI varie considérablement selon les régions. Bien que le nombre total de personnes atteintes d’une MAP ait augmenté à l’échelle mondiale, la répartition de cette augmentation n’est pas uniforme. Par exemple, en 2019, 42,6 % du fardeau mondial du PAD était concentré dans les pays à indice sociodémographique (IDS) faible à moyen [1]. Cela met en évidence un fardeau disproportionné dans ces régions, souvent lié à un accès limité aux soins de santé, à une sensibilisation moindre et à une prévalence plus élevée de facteurs de risque non gérés.
B. Impact de l'indice socio-démographique (IDS)
L'indice sociodémographique (IDS) est une mesure composite de l'état de développement, englobant le revenu par habitant, le niveau d'éducation et l'indice synthétique de fécondité. La relation entre la prévalence des IDS et des MAP est complexe. La prévalence de l’AOMI s’est avérée plus élevée dans les pays à IDS élevé et plus faible dans les pays à IDS faible [1]. Cependant, les DALY et les taux de mortalité ont montré une courbe en forme de U, indiquant le fardeau le plus élevé dans les quintiles SDI élevés et faibles [1]. Cela suggère que même si les pays à revenu élevé peuvent avoir une prévalence plus élevée en raison de facteurs tels que le vieillissement de la population et de meilleures capacités de diagnostic, les pays à faible revenu sont confrontés à un fardeau important en termes de conséquences graves (AVCI et mortalité) en raison d'une prévention et d'un traitement inadéquats.
C. Tendances spécifiques au genre
Historiquement, l'AOMI était souvent considérée comme une maladie à prédominance masculine. Cependant, des données récentes de l’étude GBD 2019 indiquent que la prévalence mondiale des maladies artérielles périphériques était généralement plus élevée chez les femmes que chez les hommes [1]. Malgré cela, les hommes et les pays à faible revenu présentaient des taux DALY similaires à ceux des femmes et des pays à revenu élevé, mettant en évidence un fardeau disproportionné dans ces groupes [1]. Cela suggère que même si les femmes peuvent avoir une prévalence plus élevée, les hommes pourraient souffrir de formes ou de complications plus graves de la maladie, ou qu'il pourrait y avoir des différences dans le diagnostic et la déclaration.
V. Implications pour la santé publique et stratégies de gestion
Le fardeau mondial croissant de la MAP nécessite des interventions de santé publique robustes et des stratégies de gestion globales pour atténuer son impact sur les individus et les systèmes de santé.
A. Fardeau des soins de santé et impact économique
Le PAD impose un fardeau important aux systèmes de santé du monde entier. Les coûts associés au diagnostic, au traitement (y compris les procédures de revascularisation et les amputations) et aux soins à long terme pour les patients atteints d'MAP sont importants. L’impact économique s’étend à la perte de productivité due à l’invalidité et à la mortalité prématurée. À mesure que la prévalence et la gravité de la MAP devraient augmenter, les tensions économiques augmenteront également, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire où les ressources sont souvent limitées [2].
B. Importance du diagnostic et de l'intervention précoces
Un diagnostic précoce de l'AOMI est essentiel pour améliorer les résultats pour les patients. De nombreuses personnes atteintes d'AOMI sont asymptomatiques ou présentent des symptômes atypiques, ce qui entraîne un sous-diagnostic et une intervention retardée. Le dépistage des personnes à haut risque, telles que celles souffrant de diabète, d'hypertension ou ayant des antécédents de tabagisme, à l'aide de méthodes non invasives telles que l'indice cheville-brachial (ABI), peut faciliter la détection précoce. Une intervention rapide, y compris des modifications du mode de vie, une pharmacothérapie et une revascularisation lorsqu'elle est indiquée, peut prévenir la progression de la maladie, réduire le risque de perte de membre et améliorer les résultats cardiovasculaires [7].
C. Rôle de la modification des facteurs de risque
Étant donné que les facteurs de risque modifiables représentent une part substantielle du fardeau mondial de la MAP (environ 70 % en 2019) [1], les initiatives de santé publique axées sur la modification des facteurs de risque sont primordiales. Des programmes complets portant sur l'abandon du tabac, le contrôle de la tension artérielle, la gestion du diabète, la réduction des lipides et la promotion de modes de vie sains (alimentation et exercice) peuvent réduire considérablement l'incidence et la progression de la MAP. Ces efforts nécessitent une approche multidimensionnelle impliquant des campagnes de sensibilisation du public, des changements de politique et des services de santé accessibles.
VI. Conclusion
A. Résumé des principales conclusions
La maladie artérielle périphérique représente un défi de santé mondial croissant, avec sa prévalence et la morbidité et la mortalité qui y sont associées qui devraient augmenter considérablement au cours des prochaines décennies. La maladie touche de manière disproportionnée les populations âgées et présente des variations géographiques et sociodémographiques complexes. Les facteurs de risque modifiables, en particulier le tabagisme, le diabète, l’hypertension et la dyslipidémie, sont les principaux moteurs de l’épidémie de MAP et représentent une part substantielle de son fardeau mondial. Même si des progrès ont été réalisés en matière de diagnostic et de traitement, l'ampleur du problème nécessite de recentrer l'attention sur la prévention.
B. Appel à l'action pour la prévention et la gestion
Réduire le fardeau mondial de l'AOMI nécessite un effort concerté de la part des prestataires de soins de santé, des décideurs politiques et des individus. Il est essentiel de donner la priorité aux initiatives de santé publique visant à modifier largement les facteurs de risque, à améliorer les stratégies de détection précoce et à garantir un accès équitable à des traitements efficaces. En mettant en œuvre des programmes complets de prévention et de gestion, nous pouvons nous efforcer de réduire l'impact dévastateur de l'MAP, d'améliorer la qualité de vie des patients et d'alléger la pression croissante sur les ressources mondiales de soins de santé.
VII. Avis de non-responsabilité
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Références
[1] Collaborateurs du GBD 2019 sur les maladies artérielles périphériques. Fardeau mondial de la maladie artérielle périphérique et de ses facteurs de risque, 1990-2019 : une analyse systématique pour l'étude sur la charge mondiale de morbidité 2019. The Lancet Global Health. Octobre 2023. [https://www.healthdata.org/research-analysis/library/global-burden-peripheral-artery-disease-and-its-risk-factors-1990-2019](https://www.healthdata.org/research-analysis/library/global-burden-peripheral-artery-disease-and-its-risk-factors-1990-2019) [2] Deng, L., Du, C., Liu, L., Wang, Y., Gu, H., Armstrong, DG, ... et Deng, W. (2025). Prévoir le fardeau mondial des maladies artérielles périphériques de 2021 à 2050 : une étude basée sur la population. Research, 8422768. [https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12209533/](https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12209533/) [3] Liu, W. et al. (2025). Une analyse systématique de l’étude sur la charge mondiale de morbidité 2021. Frontiers in Cardiovascular Medicine. [https://www.frontiersin.org/journals/cardiovascular-medicine/articles/10.3389/fcvm.2025.1603810/pdf](https://www.frontiersin.org/journals/cardiovascular-medicine/articles/10.3389/fcvm.2025.1603810/pdf) [4] Vous, Y., Wang, Z., Yin, Z., Bao, Q., Lei, S., Yu, J., ... et Xie, X. (2023). Charge de morbidité mondiale et facteurs de risque attribuables à la maladie artérielle périphérique. Rapports scientifiques, 13(1), 20500. [https://www.nature.com/articles/s41598-023-47028-5](https://www.nature.com/articles/s41598-023-47028-5) [5] Norgren, L. et al. (2007). Consensus intersociété pour la prise en charge de la maladie artérielle périphérique (TASC II). Journal européen de chirurgie vasculaire et endovasculaire, 33 (Suppl 1), S1-S75. [6] Shu, J. et Santulli, G. (2018). Mise à jour sur la maladie artérielle périphérique : épidémiologie, prise en charge et nouvelles stratégies thérapeutiques. Journal de l'athérosclérose et de la thrombose, 25(9), 800-810. [7] Aboyans, V., et al. (2018). Lignes directrices ESC 2017 sur le diagnostic et le traitement des maladies artérielles périphériques, en collaboration avec la Société européenne de chirurgie vasculaire (ESVS). Journal européen du cœur, 39(9), 763-816. [8] Criqui, MH et Aboyans, V. (2015). Épidémiologie des maladies artérielles périphériques. Recherche sur la circulation, 116(9), 1509-1526. [9] Fowkes, FGR, et al. (2017). Index brachial cheville (ABI) et risque d'événements cardiovasculaires et de mortalité : une revue systématique et une méta-analyse. Journal européen du cœur, 38(25), 1996-2003. [10] Murabito, J.M. et al. (2014). Facteurs de risque génétiques de maladie artérielle périphérique. Circulation, 129(14), 1593-1600.
